Discours de l’Ambassadeur de France au Vanuatu et aux Iles Salomon à l’occasion des célébrations de la fête nationale, 14 juillet 2021

14 juillet 2021
Discours de l’ambassadeur


Je suis heureux de vous accueillir aujourd’hui à la résidence de France, à l’occasion de la célébration de notre fête nationale, dans un format que nous avons voulu cette année encore, à dessein, plus restreint, plus modeste qu’à l’accoutumée. L’an passé, à la même date, nous nous trouvions en plein cœur d’une crise dont nous ne discernions que très mal encore les contours, dont nous n’anticipions qu’avec difficulté l’évolution et dont nous mesurions sans doute encore très mal l’ampleur des défis et des sacrifices auxquels elle allait nous confronter.
Un an plus tard, nous voici rassemblés de nouveau et si nous devions tirer un premier enseignement de ces douze derniers mois et de ce que nous avons traversé ensemble, c’est qu’ils doivent plus que jamais nous inciter à la prudence et à l’humilité. Cependant, je voudrais quand même me risquer à placer cette soirée sous le double signe de l’espoir et de la solidarité.
Espoir : celui que nous inspire le remarquable effort de coopération internationale, de partage et de circulation de l’information, de mise à disposition de moyens inédits, qui ont permis, un an après le début de la pandémie de doter la communauté internationale d’une véritable capacité vaccinale dont nul ne peut en toute honnêteté aujourd’hui contester l’efficacité. Certes, tout n’est pas résolu encore, loin s’en faut : les nouveaux variant sont autant de nouvelles menaces mais nous savons aujourd’hui, avec certitude que le vaccin est la principale solution, la seule à notre disposition, pour sortir de la pandémie et reprendre une vie normale.
Solidarité, parce que l’équité, l’égalité en matière d’accès aux vaccins pour la population mondiale, exigence morale autant que sanitaire, nécessite encore des efforts considérables de notre part. Les pays à revenus élevés, qui représentent 16 % de la population mondiale, concentrent aujourd’hui près de la moitié des vaccins disponibles. Les pays en développement, eux, n’ont eu accès qu’à 0,2 % des doses. La France a été l’un des premiers pays à s’engager dans ce sens en soutenant la facilité COVAX qui vise l’acquisition de 2 milliards de doses d’ici à la fin 2021, notamment pour les 92 pays à revenus faibles ou intermédiaires, par un mécanisme de financement et de dons. La France est à la fois l’un des initiateurs et l’un des principaux bailleurs, le premier parmi les pays de l’Union Européenne, de cette Facilité dont le Vanuatu bénéficie aujourd’hui.
La France étant le seul Etat membre à avoir une représentation au Vanuatu, il me revient de rappeler que l’Union européenne est aujourd’hui le premier contributeur mondial de l’aide publique au développement. Les 27 pays qui la constituent ont ainsi contribué, en 2020, à ce devoir de solidarité, directement ou à travers les institutions européennes, à hauteur de 70Mds€. La France, avec 12MDs€ consacrés à l’aide bilatérale, est aujourd’hui au 5ème rang mondial des pays donateurs. Il ne me semble pas inutile de rappeler non plus que cette contribution ne sort pas de quelque bas de laine magique, mais de la participation de chaque contribuable, à travers l’impôt. Au Vanuatu, au titre du Fonds européen de développement, abondé par la France à hauteur de 17%, ce sont ainsi 36M€ que l’Union Européenne a consacré, principalement à la revitalisation du secteur agricole, au cours des cinq dernières années. Il ne me semble pas inutile de souligner enfin, et j’en aurai fini avec cette brève parenthèse pédagogique, que cet effort collectif de solidarité, qui s’appuie sur une fiscalité juste alliée à une politique d’attractivité dynamique, n’a pas empêché la France d’être de nouveau en 2020, et malgré la crise, la première destination européenne pour les investissements directs étrangers. Générosité et attractivité ne sont pas incompatibles.
Fruits de cet effort, les instruments français de solidarité à destination des pays du Pacifique insulaire n’ont cessé de se renforcer au cours des années passées, en nombre comme en moyens : je voudrais citer ici l’initiative KIWA, programme multi-bailleurs doté aujourd’hui de 31M€, lancé par la France et géré par l’Agence Française de Développement, destiné à renforcer l’adaptation des territoires du Pacifique aux effets du changement climatique et mieux protéger leur biodiversité, en soutenant des projets centrés sur les solutions fondées sur la nature à travers des subventions et de l’assistance technique. Je veux mentionner naturellement le Fonds Pacifique, outil de coopération régionale de la France, doté aujourd’hui de 2,5M€, abondé par des crédits du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui contribue, au travers d’actions de coopération économique, sociale, scientifique et culturelle, à l’insertion régionale de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de Wallis-et-Futuna. Enfin, plus familière sans doute parce établie dès 1947, La Communauté du Pacifique (CPS) dont la France est un des six pays fondateurs, demeure la principale organisation scientifique et technique du Pacifique, dévouée au développement de la région, tout comme le Programme régional océanien pour l’environnement (PROE).
Le Vanuatu bénéficie largement de ces instruments, et je suis très heureux d’annoncer ce soir que votre pays est le seul à avoir soumis dans le cadre de l’initiative KIWA, un projet à titre national, par le biais de ses propres institutions, avec le soutien naturellement de l’ambassade de France. Projet actuellement à l’étude mais pour lequel je vais néanmoins, cette soirée étant placée sous le signe de l’espoir, me risquer à un pronostic optimiste… En octobre 2020, l’Agence Française de Développement a versé 2 millions d’euros au Réseau océanien de surveillance de la santé publique (ROSSP), géré par la CPS, qui ont permis notamment la venue au Vanuatu d’une experte française travaillant sur l’établissement d’une base de données destinée à améliorer l’accès aux soins des personnes handicapées. Grâce au Fonds pacifique, nous avons pu contribuer à la reconstruction des Lycées de Luganville et Saint-Michel, à Santo, suite au passage du cyclone Harold, à l’activité du Centre Technique et de Recherche Agronomique du Vanuatu (CTRAV) à Santo également, en 2021, dans des secteurs stratégiques pour le développement du pays (cocoteraie et filière avicole), ou encore au développement d’une filière en sciences de l’environnement, pour ne citer que quelques projets par l’Université nationale du Vanuatu, pour ne citer que quelques projets…
Je suis en mission dans votre beau pays depuis deux ans seulement, ou déjà – je laisse cela à l’appréciation de mes compatriotes – deux années très particulières, marquées par la crise sanitaire mondiale, le passage d’Harold, et qui de ce fait n’ont pas ressemblé tout à fait à ce que j’anticipais en posant le pied pour la première fois à Port-Vila. Malgré ces contraintes lourdes, l’équipe de l’ambassade de France, ses partenaires institutionnels — je pense en particulier au bureau régional de l’AFD —, se sont efforcés, sans attendre les beaux jours, de donner une impulsion nouvelle à la relation bilatérale. Ces efforts ont payé. Ils sont consacrés tout particulièrement par le retour de l’AFD et son appui décisif, via des financements directs, qui nous permet aujourd’hui d’être le premier partenaire de l’Université Nationale du Vanuatu ; ils sont consacrés aussi par l’éligibilité du Vanuatu, pour la première fois depuis huit ans, au Fonds de Soutien pour les Projets Innovant (FSPI) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, à travers un projet visant à soutenir l’employabilité des étudiants de l’UNV ; ils sont consacrés également par la mise à disposition par l’AFD, pour la première fois au Vanuatu, d’un Fonds d’Expertise Technique et d’Echange d’Expérience (FEXTE) destiné à la mise à niveau des aéroports secondaires et pour lequel nous travaillons, actuellement, en étroite concertation avec le ministère des Infrastructures, la Direction de l’aviation civile, AVL et Air Vanuatu.
Mais refermons ici le catalogue et retenons l’essentiel : La France, vous le voyez, est plus que jamais présente dans cette région, plus que jamais solidaire avec les pays du Pacifique. Mais l’ambition portée par notre stratégie indopacifique appelle aujourd’hui un engagement plus fort encore. C’est pour œuvrer à ce rapprochement et pour en définir ensemble les modalités et les priorités que la France organise le 19 juillet, dans quelques jours, le 5ème sommet France-Océanie qui réunira l’ensemble des chefs d’Etats et de gouvernements, virtuellement, et sera l’occasion de réaffirmer notre engagement partagé face aux menaces, aux défis, aux urgences du moment : mise en œuvre de l’Accord de Paris pour le climat, préservation de la biodiversité, préparation du congrès mondial de l’Union Internationale pour la conservation de la Nature (UICN), qui se tiendra à Marseille en septembre prochain, recherche d’un accord global sur la menace que constitue le plastique dans nos écosystèmes, croissance verte et économie bleue au service d’un développement durable, équitable, harmonieux et solidaire.
Espoir et solidarité donc, ou plutôt devrais-je dire espoir parce que solidarité. Cette solidarité, vous l’aurez compris, la France la met en œuvre, à grande échelle, à travers le multilatéralisme dont elle est un des acteurs, un des promoteurs historiques, et parce qu’elle est convaincue que les instruments de l’aide multilatérale, dont le Vanuatu bénéficie largement, sont une garantie d’équité, de neutralité, et donc d’efficacité. Cette contribution, considérable, à l’aide multilatérale ne demande rien en échange.
Aussi, je voudrais conclure de la façon la plus simple possible, en disant merci, sans citer personne en particulier, merci à vous, présents ce soir, qui avez, chacun selon ses fonctions et ses moyens, mais toujours en ayant soin de mettre l’intérêt général avant l’intérêt privé, participé au cours de l’année passée à l’effort collectif, celui qui nous autorise ce soir un peu d’espoir. Merci aux acteurs humanitaires, institutionnels ou associatifs, merci aux personnels soignants, médecins, infirmiers ; merci à nos interlocuteurs au sein des administrations qui ont répondu à l’urgence et à nos coups de téléphones tardifs, matinaux, dominicaux, quand une vie était en jeu ; merci aux entreprises, aux entrepreneurs, qui se sont investis dans cet effort collectif ; merci à toutes celles et ceux, dont les noms et les visages nous sont inconnus, je pense en particulier aux équipes du NDMO, ou encore du ministère de la Santé, qui ont permis au pays d’être épargné par la pandémie.
Merci enfin et surtout, à ceux et celles qui, demeurant anonymes, ont donné quand c’était nécessaire. En matière de solidarité, ce sont souvent les petits qui s’avèrent être les plus grands.
Je vous souhaite à tous un très bon 14 juillet !
Vive le Vanuatu,
Vive la France.

Dernière modification : 15/07/2021

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