Entretien avec Georges Cumbo, Délégué Général de l’Alliance Française de Port-Vila.

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Georges Cumbo
®Georges Cumbo

Pouvez-vous nous raconter votre parcours depuis votre arrivée au Vanuatu ?

Je suis arrivé en 1991 au Vanuatu avec le Service National de Coopération pour une durée initiale de 16 mois en tant que professeur de français. J’ai commencé au Lycée Louis-Antoine de Bougainville, avant de passer formateur à l’Institut National de Technologie du Vanuatu (INTV) et au Centre de Formation à l’Education de Base (CFEB) qui est ensuite devenu l’Institut de Formation des Enseignants du Vanuatu (IFEV).

En 1992, un groupe de Français et de Ni-Vanuatu francophones, parmi lesquels le Père Gérard Lehmang et Camille Bastien se réunissent en petit comité avec le projet d’ouvrir une Alliance Française. Appuyés par l’Ambassade de France, ils vont ouvrir les portes de l’Alliance dans les locaux de l’Association des Anciens Combattants, avec les premiers cours donnés en août 1992.

A ce moment, comme je finissais mon Service national, et qu’en plus de ma maitrise de lettres modernes, j’avais une spécialisation en FLE (Français Langues Etrangères), j’ai été recruté comme premier enseignant de l’Alliance. L’Alliance a tout de suite très bien marché, et le volume de cours était conséquent.

Ce qu’il faut aussi dire c’est qu’il s’agit d’une des rares Alliances en capitale au monde à ne pas avoir un poste d’expatrié à la direction. Elle est simplement alimentée par une subvention annuelle de fonctionnement.

A l’époque, la directrice était Claudine Brachet, qui est restée en poste pendant deux ans. J’ ai pris sa suite en 1994 en cumulant les fonctions de professeur et de directeur, avant de devenir uniquement directeur car les activités culturelles commençaient à prendre davantage de place.

Est-ce que vous pouvez présenter ce qu’est une Alliance Française, ses missions et son statut institutionnel ?

Le réseau des Alliances Françaises est plus que centenaire. Il s’agit du deuxième réseau culturel et linguistique de l’Ambassade, avec les Instituts Français. La particularité du réseau des Alliances est qu’il est constitué d’associations de droits local. Donc l’Alliance Française de Port-Vila est une association enregistrée localement avec un comité de gestion local. Cela correspondrait en France à une association de type loi 1901.

Ce réseau est coordonné par la Fondation Alliance Française, qui est basée à Paris. Mais chaque Alliance est une association autonome, dont la mission est la promotion et le développement de la Francophonie, ce qui passe par des cours de français et l’organisation d’événements culturels.

Quelles sont les relations que vous avez avec la Fondation à Paris ?

Actuellement, le soutien apporté par la Fondation passe essentiellement par des offres de formation qui sont organisées soit en Australie soit en Nouvelle-Zélande. Par exemple, notre coordinatrice pédagogique sur les dernières années a participé à plusieurs stages, et moi-même j’ai pu être formé à l’organisation de campagnes sur les réseaux sociaux.

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Affiche célébrant les 20ans de l’Alliance française au Vanuatu
® Alliance française de Port-Vila

Depuis la création de l’Alliance, est-ce que vous pouvez nous résumer les principales réalisations ?

Pour les cours, nous avons entre 150 et 200 personnes qui s’inscrivent chaque trimestre. C’est un public assez varié qui touche autant les adultes ou les enfants, le secteur privé ou encore les fonctionnaires du gouvernement du Vanuatu, grâce à un projet financé par l’Ambassade de France sur plusieurs années.

Pour ce qui est de l’action culturelle, on soutient la création locale, avec par exemple la publication de romans, comme ceux de Marcel Melthererong et de Paul Tavo ou dernièrement Aeland Gel avec les mamans du marché et Marilena Crosato. On essaye de pallier au manque de maison d’édition à Port-Vila. On a également soutenu la production musicale avec des groupes comme KRK, XX Squad ou des string bands francophones comme Aro string band.

Ensuite, on a la chance d’avoir une salle d’exposition très bien placée, dans les locaux qu’occupait l’Ambassade de France avant son déménagement et que le gouvernement a mis à notre disposition. Cette salle permet à de nombreux artistes de montrer leurs travaux.

De nombreuses actions ont pu être réalisées sur des crédits de coopération régionale car on essaye vraiment de développer la relation avec la Nouvelle-Calédonie. On essaye ainsi d’aider des artistes vanuatais à effectuer des tournées là-bas, mais on a également beaucoup d’artistes calédoniens qui viennent se produire au Vanuatu (théâtre, musique, arts plastique…). Depuis 3 ans, on organise Pirogue, le salon du livre, où les auteurs calédoniens ont la part belle.

Vous avez récemment été à Santo pour fermer les portes de l’Alliance Française, qui était la dernière antenne encore ouverte après celles des îles de Mallicolo, Tanna, Pentecôte, Santo, Mota-Lava, pouvez-vous expliquer pourquoi ces antennes ne sont plus actives aujourd’hui ?

La subvention de fonctionnement qu’on reçoit aujourd’hui est plus de 50% inférieure à ce qu’elle était il y a 10-12 ans, ce qui signifie qu’on n’a plus les moyens d’employer des animateurs culturels pour s’occuper de ces antennes, ou de louer des locaux. Pendant un temps, on a essayé de fonctionner sur le bénévolat en comptant sur la bonne volonté de certains comme à Sola, mais à distance cela reste compliqué à gérer.

Sur Santo, on a beaucoup moins de moyens qu’avant donc on ne peut plus se permettre d’avoir un directeur/professeur comme par le passé. Si on y regarde de plus près, peut-être le modèle d’Alliance développé à Santo ne convenait-il pas au public car l’année dernière par exemple, nous n’avons eu que très peu d’adhésions et très peu d’inscriptions aux cours de français. Ceci n’empêche pas la francophonie d’être très vivante à Santo. Et nous avons pour projet de continuer de proposer des actions ponctuelles sur cette île et notamment des spectacles.

Quels sont les rendez-vous culturels les plus importants que vous avez réussi à mettre en place ?

Il y a d’abord Francosonik, concert francophone à l’occasion de la fête de la Francophonie. Puis Pirogue, le Salon du Livre, qui depuis trois ans commence à faire sa place. Et enfin la Fête de la Musique le 21 juin qui chaque année permet à un large public de se rassembler.

A côté de ces trois événements principaux, l’Alliance contribue également à la programmation du Fest’Napuan et est partenaire de la Fête du Cinéma avec l’Ambassade de France.

Notre objectif est maintenant de développer la salle d’exposition, notamment d’acquérir du mobilier d’exposition afin d’avoir une belle salle, et consolider Pirogue comme un événement majeur de la vie culturelle au Vanuatu.

Merci à Georges d’avoir répondu à ces questions et de faire de l’Alliance l’un des acteurs, si ce n’est l’acteur principal de la scène culturelle au Vanuatu !

Plus d’infos :
Site de l’Alliance : https://www.alliancefr.vu/fr/
Page Facebook de l’Alliance : https://www.facebook.com/AFVanuatu/

Dernière modification : 08/08/2018

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