Entretien avec le directeur du Centre du Service National en Nouvelle-Calédonie : le LCL Plantecoste

A l’occasion du déroulement de la Journée Défense Citoyenne (JDC), qui a lieu une fois tous les deux ans, organisée au Lycée Le CLézio de Port-Vila le vendredi 23 mars 2018, le directeur du Centre du Service National en Nouvelle-Calédonie, le lieutenant-colonel Éric Plantecoste s’est rendu disponible afin de nous expliquer le contenu, l’objectif et le futur de cette JDC.

JPEG - 525.9 ko
Le lieutenant-colonel Eric Plantecoste

Pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel jusqu’à votre arrivée à Nouméa ?

J’ai commencé ma carrière il y a 27 ans en tant qu’officier appelé, c’est-à-dire qu’à l’époque du service militaire, grâce aux diplômes que j’avais acquis, j’ai été appelé comme officier dans un régiment des forces spéciales.

C’était une très bonne expérience qui m’a plu, et à la fin du service je suis devenu officier de réserve en situation d’activité, et j’ai demandé à me faire « activer », c’est-à-dire à rentrer définitivement dans l’armée. Après avoir passé un concours, j’ai intégré l’école d’application de l’infanterie pendant une année, où durant laquelle on apprend notre métier de chef de section de combat, qui est la spécialisation que j’avais choisie.

J’ai ensuite été affecté dans un régiment de combat à Vannes, pendant 3 ans, où j’étais chef de section, c’est-à-dire que je commandais environs 40 hommes. Puis j’ai été affecté à la Réunion pendant deux ans, où j’étais officier-adjoint d’une compagnie (environs 140 hommes).

Je suis ensuite rentré en métropole, où j’ai commandé une compagnie de combat au Mans. J’ai ensuite démarré une deuxième partie de carrière en me spécialisant dans les ressources humaines à Bordeaux. Suite à quoi, je suis parti en Nouvelle-Calédonie, au RIMAP NC, c’est-à-dire le régiment d’infanterie de cette zone du Pacifique où j’occupais le poste de Directeur des Ressources Humaines.

Après ça, je suis retourné à Vannes pour être DRH d’un régiment de combat plus important, avant de partir au Gabon pour m’occuper des ressources humaines au sein de l’Etat-major interarmées des forces françaises stationnées sur place. A mon retour, j’ai poursuivi mon parcours au sein de la direction des ressources humaines de l’armée de terre, et finalement je suis revenu à Nouméa à l’été 2016 pour prendre les fonctions de directeur du Centre du Service National (CSN) en Nouvelle-Calédonie, pour une période de trois ans.

Tout au long de mon parcours, j’ai également effectué des opérations extérieures (Opex), d’une période variant entre 4 et 6 mois, notamment dans les Balkans. J’ai été cinq fois en Bosnie, entre le moment où l’on a déclenché l’interposition jusqu’à la paix totale en passant par les bombardements aériens. J’ai également été au Kosovo et en Afrique.

Vous voyez que j’ai un parcours très varié et très mobile, notamment à l’étranger, ce qui est une caractéristique de l’infanterie de marine, qui, par tradition, a gardé la priorité des affectations outre-mer.

Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’aujourd’hui la plupart de nos généraux ont une grande expérience opérationnelle, du fait des nombreux théâtres d’opération où la France est intervenue depuis les années 90, à l’instar du Chef d’Etat-major des Armées, qui est monté à l’assaut du pont de Vrbanja quand il était capitaine et a été impliqué dans de nombreuses opérations en Afrique.

Pouvez-vous maintenant nous expliquer en quoi consiste la Journée Défense et Citoyenneté ?

En 1997, le service national a été suspendu par le président de la République et il a été décidé de mettre en place un parcours dit de citoyenneté. Ce parcours comprend trois étapes obligatoires.

La première échoit à l’éducation nationale, puisqu’il s’agit de l’enseignement de défense, qui est dispensé en 3ème et en 1ère par les professeurs d’Histoire-Géographie, afin de mieux comprendre les valeurs qui fondent la République et sensibiliser les élèves à leur devoir de défense.

La deuxième étape, plutôt dévolue au Ministère de l’Intérieur, est le recensement. C’est le premier acte citoyen d’un jeune qui normalement doit aller se faire recenser à sa mairie à l’âge de 16 ans.

La troisième étape consiste en une journée citoyenne, dispensée par le Ministère de la Défense, où l’on vient délivrer des informations sur la défense mais aussi sur d’autres sujets. Cette journée obligatoire est aujourd’hui la Journée Défense et Citoyenneté (JDC). La défense a donc été repositionnée au cœur du sujet.

La JDC vise à contribuer à maintenir le lien armée-nation, et son fil conducteur est d’amener le jeune à s’interroger sur la manière dont il peut s’impliquer et s’engager à son niveau dans l’outil de défense interministériel de la France, qui répond aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur les intérêts nationaux. L’idée étant de semer les graines d’un recrutement futur et de faire germer dans l’esprit de ces jeunes de 17 ans l’idée qu’ils ont la possibilité de participer à l’appareil de défense de la nation.
Ensuite la journée contient deux modules de citoyenneté. Dans le premier, il est question des possibilités de retour à la formation quand on a décroché du système social français, des droits, des devoirs, du don de soi…

Le deuxième module peut varier. Auparavant on initiait au secourisme mais maintenant il a été décidé de mettre l’accent sur la sécurité routière. Ce module a une importance certaine en métropole, mais encore plus en Nouvelle-Calédonie, qui est un territoire français très meurtrier avec un taux de mortalité 4 fois plus élevé qu’en métropole en 2017.

JPEG - 744.4 ko
La JDC au Vanuatu

Durant cette JDC, on maintient également un test de lecture conçu par l’Education nationale afin de détecter les jeunes en difficulté. Pour donner un ordre d’idée, en métropole les difficultés de lecture c’est 9% de la population, en Nouvelle-Calédonie c’est 30%. Attention par contre, on ne parle pas d’illettrisme mais seulement de difficultés.

Avec une fiche de liaison, les jeunes indiquent s’ils suivent une formation, s’ils ont un travail… Et au final, cela permet d’identifier ceux qui ont vraiment décroché du système, sans travail, sans formation, avec des difficultés de lecture …Tous ces jeunes sont ensuite reçus en entretien individuel pendant la JDC.

Le but est de leur proposer des structures de remise en selle pour réintégrer la société. En Nouvelle-Calédonie ces structures dépendent du gouvernement néo-calédonien et non plus de l’Etat français, donc je transmets les noms des jeunes concernés à ces structures, en espérant qu’ils aillent les chercher.

On voit donc que l’armée joue un véritable rôle social, ce qui est parfois méconnu. Ce rôle social prévaut également au sein même des armées, , car l’instruction de nos jeunes est permanente pour qu’ils puissent réussir les examens de passage de grade. On a donc une population qui s’instruit et qui prend l’habitude de s’instruire, ce qui est une grande force pour l’armée. Cette instruction se poursuit naturellement lors de la reconversion de notre personnel lorsqu’il s’agit de retrouver une place dans la société civile

Enfin, notre centre conduit également des JDC à Wallis et Futuna.

Et concernant la JDC que vous avez effectuée au Vanuatu ? Quelles sont les spécificités ?

A l’étranger, la JDC est organisée par le consulat et elle doit être réalisée par l’attaché de défense présent ou non-résident. Il se trouve qu’ici au Vanuatu, il a été décidé que le CSN soutiendrait la JDC de l’attaché de défense, qui a lieu tous les deux ans.

C’est une JDC qui est adaptée « à l’étranger », par exemple il n’y a pas de test de lecture, les modules sur le système social français et la sécurité routière, qui sont plutôt centrée sur la Nouvelle-Calédonie, sont un peu allégés. On est donc vraiment focalisés sur la présentation des armées. Normalement, on a toujours ce qu’on appelle une prestation, c’est-à-dire que pendant une heure les jeunes participent à une activité plus concrète, soit la visite d’un bateau, soit la présentation de soldats en armes … Malheureusement le bâtiment multi-missions D’Entrecasteaux qui devait venir a subi une avarie et est en réparation.

JPEG - 502.7 ko

Comment avez-vous trouvé la jeunesse du Vanuatu ?

D’après les échos que j’ai eu d’il y a deux ans et ce que j’ai constaté, on a une population de Français de l’étranger qui ne rencontrent pas de grandes difficultés. Même si on ne fait pas de test de lecture, on voit que sur un effectif de 50 jeunes on n’a qu’un seul cas de décrochage, quand il n’est pas inhabituel d’en avoir 10 ou 15 en Nouvelle-Calédonie.

J’ai aussi été agréablement surpris par le niveau de participation de ces jeunes de tous horizons qui ont été mélangées sur les tables de travail. La qualité de cette participation m’a aussi positivement marqué : voilà des jeunes qui s’interrogent sur l’humanité de la guerre, sur son caractère déshumanisant … Pour ma part, c’est la première fois que j’entends ce type de remarque. Donc c’était très intéressant, on a pu partager, déclencher de nouvelles questions … c’était un groupe d’un bon niveau.

Quelle serait la marche à suivre pour un Français de l’étranger et un Vanuatais qui voudrait s’engager dans l’armée française ?

Pour un Français, il convient de contacter le CIRFA de Nouméa. Les tests physiques, psychotechniques se dérouleront en Nouvelle-Calédonie. En effet, la loi n’autorise pas de recruter pour les armées en terre étrangère.

Pour un Vanuatais qui souhaiterait rejoindre la Légion étrangère, le recrutement est géré directement par la Légion en métropole. Des représentants sont parfois en visite à Nouméa. Le mieux étant de rentrer en contact avec l’attaché de défense de l’Ambassade de France, qui aiguillera sur le calendrier des tests de sélection à venir.

Enfin, pouvez-vous nous informer de l’avancée des débats en France sur le projet du Service National Universel ?

L’avenir, c’est effectivement la mise en place de ce nouveau service national, dont la forme reste en discussion. Le Président l’a promis en campagne et des personnes de différents ministères travaillent sur ce projet pour savoir qui va faire quoi et comment. Quoiqu’il en soit, une commission parlementaire a été mise en place et elle devrait rendre ses conclusions définitives fin avril. Mais d’ici là, il est difficile d’en dire plus sur le contenu de ce SNU.

Dernière modification : 24/05/2018

Haut de page