Entretien avec le mouvement "No Plastik bag plis."

Le 5 juin est la Journée Internationale de l’Environnement, c’est l’occasion de découvrir davantage Christelle Thieffry et Georges Cumbo, citoyens binationaux franco-vanuatais : les initiateurs du mouvement « No Plastik Bag, Plis », qui a lancé une pétition en 2017 afin d’interdire les sacs plastiques. Une loi a été votée en ce sens et à partir du 1er juillet 2018, la vente et la distribution de sacs plastique, de pailles en plastique et de boîtes en polystyrène seront interdites au Vanuatu. Retour sur cette histoire et sur la situation environnementale au Vanuatu, qui se positionne comme un des pays leaders et innovant en matière de lutte contre les déchets plastiques.

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Christelle Thieffry et Georges Cumbo
© Georges Cumbo

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est « No Plastik Bag, Plis » et comment est-ce né ?

Alors ce n’est pas une association, c’est un mouvement citoyen. Au début c’est simplement Christelle et moi qui avons pris conscience du problème que représentait cette pollution grandissante. On s’est dit qu’on devait faire quelque chose et qu’on pourrait demander une loi pour l’interdiction des sacs plastiques.
On a d’abord commencé en mars 2017 par créer une page Facebook pour réunir du monde autour de cette cause. Puis au mois de mai, on a lancé une pétition, qui était adressée au Premier Ministre, au chef de l’opposition, au Ministre de l’environnement, aux maires de Port-Vila et de Luganville. Là où on a innové, c’est qu’on a fait une pétition en ligne qu’on a doublé par une pétition papier. Pour le lancement de la pétition, nous avons été rejoints par Myriam Malao et Marcel Meltherorong.

Très vite, la pétition a bien marché puisqu’on est arrivé à plus de 3000 signataires, et durant les fêtes de l’Indépendance, le 30 juillet 2017, le Premier Ministre a déclaré le projet de loi d’interdiction future des sacs plastiques.

Quand on regarde ce qu’il se passe ailleurs dans le monde, on se rend compte que c’est une des pétitions anti-sacs plastiques qui a le mieux fonctionné, dans le sens où elle a été suivie de faits concrets très rapidement. Il y a très peu de pays qui ont passé des lois sur l’interdiction des sacs en plastique, et dans la foulée, des pailles ou des boites en polystyrène.

Maintenant que la loi va rentrer en vigueur, quels vont être les objectifs de « No Plastik Bag ? Plis » ?

Maintenant on pense créer une petite fondation pour pouvoir proposer plus d’activités englobant toutes les thématiques liées à l’environnement, notamment les alternatives locales au plastique, et leur potentiel économique. Ensuite il y a encore des causes sur lesquelles on peut travailler, comme réduire considérablement la consommation de plastique au Vanuatu, mais également faire des actions de sensibilisation dans les écoles ou dans les communautés. Car c’est aussi très important que les gens comprennent pourquoi il y a eu cette interdiction sur le plastique.

Est-ce que cette interdiction n’a pas justement été un peu brutale ? Est-ce que ces activités de sensibilisations auraient pu précéder cette interdiction qui aurait été plus graduelle ?

En fait, cette loi n’est pas si brutale que çà, car il s’est écoulé un an entre l’annonce du Premier Ministre et la mise en application de la loi. Ensuite pendant les six mois nécessaires à l’élaboration du texte de loi, il y a eu des consultations avec les différentes parties prenantes. Enfin il y a encore eu six mois de période de transition, pour que tout le monde puisse être au courant et s’adapter à la nouvelle loi.

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©No Plastik Bag Plis.


Et quel organisme sera en charge de surveiller l’application de cette loi ?

Le département de l’environnement portera évidemment une attention particulière à l’application de la loi. Ensuite des amendes sont prévues pour les contrevenants, qui sont grandissantes en cas de récidive. Et de fait, ce sera au gouvernement, à la police et aux agents municipaux de faire respecter la nouvelle loi. Mais ce qui est primordial c’est que les gens adhèrent au mouvement et s’impliquent dans ce processus.

Dans sa déclaration initiale, le Premier Ministre avait également évoqué l’interdiction des bouteilles plastiques, qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous pensons qu’aujourd’hui la réflexion ne porte plus sur l’interdiction mais sur la gestion des déchets. Hier le Ministre Ralph Regenvanu a d’ailleurs annoncé un projet visant à la mise en place de consignes sur les bouteilles d’eau en plastique produites localement et d’une taxation sur celles importées. Après le gros travail à faire reste sur la consommation et les réflexes à avoir, pour non seulement minimiser l’utilisation mais également limiter les rejets dans la nature. Car quand on se promène sur les plages, on voit énormément de plastiques. Et ce n’est pas seulement les bouteilles qui sont produites au Vanuatu, c’est aussi beaucoup de boissons importées.

Justement au niveau du traitement des déchets, pouvez-vous nous en dire plus sur la situation au Vanuatu et sur ce qui pourrait être fait pour l’améliorer ?

Au Vanuatu, il y a déjà des possibilités de recyclage, notamment avec Recycle Corps pour tout ce qui concerne les boîtes de conserve et les canettes. Il y a aussi une collecte des piles usagées encadrée par Français du Monde ADFE Vanuatu. Et il y a maintenant l’initiative « Pem Plastik » lancée par Azure Water et World Vision, qui proposent de racheter trois catégories de plastiques à raison d’un vatu par article ou 5 vatus pour les bouteilles d’eau Azur. Cela concerne tout ce qui est plastique de boisson, mais aussi les emballages type shampoing ou crème solaire, et enfin tous les petits containeurs « Tupperware ». Tout est récupéré, déchiqueté et transformé en confettis.

Le problème du recyclage au Vanuatu, c’est que le volume d’articles à recycler est trop faible pour que cela soit rentable ou durable. La solution est donc peut-être au niveau régional, avec un centre de recyclage pour plusieurs pays.

Et l’autre problème de la gestion des déchets, c’est que tout est envoyé à Etas où les déchets sont simplement enterrés ou déposés à l’air libre. Il n’y a aucun incinérateur, c’est cela qui manque aussi.

Au niveau du traitement des déchets, on va travailler avec la municipalité qui a une exemption pour continuer à utiliser des sacs plastiques. Notre objectif est de demander qu’ils n’utilisent que des sacs 100% dégradables.

Le 5 juin est la Journée Internationale de l’Environnement, pouvez-vous nous donner le programme de la semaine qui s’annonce assez chargée ?

Cela commence par une exposition organisée par VESS (Société des Sciences Environnementales du Vanuatu) et « No Plastik Bag, Plis » à l’Espace Alliance Française. L’idée est d’inviter les gens, les écoles, les entreprises, le gouvernement et les organisations diplomatiques ou internationales, à s’engager pour l’environnement en utilisant moins de plastique.
Le mardi 5 juin, pour la Journée Internationale, il y aura plusieurs communautés et écoles qui vont se mobiliser pour faire des nettoyages ou des ramassages de déchet.
Le vendredi 8 juin, nous organisons, toujours avec VESS, la projection gratuite du film « Un Océan de Plastique » à l’Alliance Française à 18h.

Merci à Christelle et Georges pour leurs réponses et pour leur implication dans la protection de l’environnement du Vanuatu.

Dernière modification : 05/06/2018

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