Portraits de femmes du Vanuatu (2/4)-Votausi L. Mackenzie Reur

A l’occasion de la Journée Internationale des Femmes, le 8 mars prochain, L’Ambassade vous propose de découvrir quatre portraits de femmes brillantes qui contribuent à faire le Vanuatu d’aujourd’hui.

Pour le deuxième portrait, nous partons à la rencontre de Votausi Mackenzie-Reur, la fondatrice de Lapita, entreprise spécialisée dans la confection de produits alimentaires locaux qui est devenue incontournable à Port Vila

JPEGPouvez-vous nous en dire davantage sur votre histoire, et comment vous en êtes arrivés à votre position actuelle ?

J’ai étudié à Port Vila dans une école de cuisine, ou j’ai acquis une très bonne connaissance de la préparation des aliments du Vanuatu. Ensuite j’ai commencé à travailler comme professeur de cuisine dans les écoles secondaires, puis comme nutritionniste pour le compte du Ministère de la Santé. Mais en 1993, une grève importante a éclaté de la part des fonctionnaires à cause de salaires impayés. Le gouvernement a réagi en procédant à des licenciements massifs, et malheureusement je faisais partie du lot.

Cela m’a beaucoup affecté, car j’ai réalisé que mes conditions de vie et celles de ma famille dépendaient trop d’une tierce partie, et que tout pouvait s’arrêter du jour au lendemain. C’est comme ça qu’a commencé à germer l’idée de monter ma propre affaire.

Plus tard, j’ai travaillé au Haut-Commissariat Australien de 1993 à 1995. En 1996, j’ai remporté un appel d’offre d’une durée de 5 ans pour assurer les services de traiteur à l’Université du Pacifique Sud (USP). Avec cette expérience, j’ai développé ma passion de travailler les produits locaux, ce qui a rencontré un grand succès.

C’est pourquoi, j’ai lancé en 1999 un petit café en ville pour proposer de la nourriture locale au plus grand nombre, c’était le Lapita Café. Beaucoup de clients me demandaient d’ouvrir le soir pour le dîner, mais j’ai toujours refusé car je devais m’occuper de ma famille et de mes enfants qui rentraient de l’école.

J’ai ensuite fermé ce café, pour me consacrer exclusivement à la confection et la production de produits alimentaires, en gérant tout le processus de la recherche des fournisseurs jusqu’à l’emballage final. Le marché du Vanuatu étant assez restreint, je me suis concentré sur des produits avec une forte valeur ajoutée et j’ai ciblé des clients spécifiques, comme les hôtels, les restaurants ou les compagnies aériennes.

Pensez-vous que le fait d’être une femme vous a rendu les choses plus compliquées ?

Quand j’ai lancé mon affaire, j’étais jeune et je suis sûr que beaucoup de gens, aussi bien des hommes que des femmes, ne me prenaient pas au sérieux. J’ai dû tenir bon, prouver que les affaires sont les affaires et gagner le respect de tous pour conclure des contrats

A cette époque, le soutien de mon mari a été très précieux. Il m’a aidé à avoir davantage confiance dans les décisions que j’avais à prendre. Car être entrepreneur peut être très effrayant, on ne sait jamais ce qui va marcher ou non, ce que les clients vont aimer…Cela nécessite beaucoup de temps et d’argent à consacrer à la recherche et le développement. Par exemple, tous les produits lancés par Lapita ont nécessité un processus de 12 mois entre l’idée initiale et la confection finale.

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Quelques produits de Lapita.

Que pensez-vous de la situation des femmes dans la société vanuataise ?

Je pense que beaucoup de femmes vanuataises ont pris leur essor économique. Je suis très contente de voir que de plus en plus de femmes montent leur propre affaire, car elles sont très travailleuses et ont juste besoin d’un petit coup de pouce pour rendre leur idée réalisable.

Je pense que le soutien institutionnel peut énormément aider. Je suis l’ancienne présidente de l’organisme de microfinance Vanwoods, et j’ai pu constater que beaucoup de femmes ont démarré des petites affaires grâce à ces microcrédits, ce qui leur a permis de générer des revenus, de payer les frais de scolarité de leurs enfants…

Je sais qu’il y a également d’autres institutions qui favorisent l’inclusion des femmes dans la société ni-Vanuatu, telles que le département des coopératives, le Conseil National Vanuatais des Femmes, la chambre de commerce…

De plus, je pense que la majorité des formations ou des ateliers qui ont lieu de nos jours promeuvent une approche inclusive de la gente féminine, pour s’assurer que les femmes jouent un rôle dans tous les pans de la société vanuataise.

Depuis que vous avez rencontré le succès avec votre entreprise, ressentez-vous que vous avez une plus grande responsabilité vis-à-vis de la promotion et de la défense de la condition féminine au Vanuatu ?

Et bien pour être honnête, je ne pense pas avoir beaucoup changé depuis mes débuts. Je soutiens toujours les agriculteurs ruraux, incluant des femmes, puisqu’ils sont nos fournisseurs. Et je compte vraiment sur eux pour nous livrer des produits de bonne qualité, ils sont la base de notre produit.

Selon vous, quels sont les facteurs clés de réussite pour votre entreprise ?
La passion, car j’aime ce que je fais, j’aime créer des choses et rendre les gens heureux grâce à nos produits. Ensuite, je pense que le soutien de mon mari a été primordial dans ma réussite également.

Qu’avez-vous accompli dont vous êtes le plus fier ?

(prend le temps de la réflexion) Et bien, je pense que ce dont je suis le plus fier c’est de m’être battue pour défendre l’institution de microfinance Vanwoods, quand le gouvernement voulait la fermer. Je me suis battue pour m’assurer que l’institution allait vivre de manière pérenne, afin de pouvoir continuer à soutenir et aider les femmes du Vanuatu à se réaliser.

Un grand merci à Votausi Mackenzie pour son temps et bonne continuation à Lapita.
Pour découvrir les produits de Lapita :
Page Facebook : Lapita Café
Achats en ligne : https://www.natural-organic-living.com/products/organic-vanuatu-brand/lapita-cafe/

Dernière modification : 24/05/2018

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