René Mara-de l’école au Tennis club.

Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir l’histoire et le parcours d’un membre de la communauté française ou francophone du Vanuatu. Pour inaugurer cette rubrique, nous commençons de la plus belle des manières en allant à la rencontre de René Mara, le pilier, avec sa femme Dany, du Tennis Club de Port-Vila.

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René Mara

Monsieur René Mara, est-ce que vous pouvez nous racontez un peu votre parcours et votre histoire personnelle avec le Vanuatu ?

Une fois mes études finies à l’Ecole Normale de Dax, et mon statut de titulaire obtenu, j’avais le choix entre partir pour l’armée ou partir en tant que VAT (Volontaire à l’Aide Technique) dans un pays en voie développement, j’ai opté pour la seconde option. Et je suis arrivé aux Nouvelles-Hébrides en juillet 1968, accompagné d’une vingtaine d’autres volontaires. N’étant pas vraiment attendus, la résidence de France nous a informé qu’on allait être éparpillé un peu partout. Et on m’a affecté à l’enseignement de l’éducation physique à l’école publique de Port-Vila pendant 6 mois, avant de partir dans les îles.

En février 1969, on m’a envoyé à Erromango, à Ipota, pour m’occuper d’une école où il n’y avait absolument rien. A ma descente de l’avion, les gens étaient étonnés que je compte rester sur place, car l’école en question n’était pas encore construite et il n’y avait ni logement, ni eau courante, ni électricité…Du coup, je me suis attelé à superviser la construction de cette école. A l’époque, il y avait une compagnie de Niort qui exportait les Kaoris, du coup on a fait l’école en bois. Trente ans plus tard, je suis retourné à Ipota pour constater que l’école avait été transformée en église, mais les deux flamboyants que j’avais planté autour de ma case sont toujours là et sont énormes.

L’année suivante, j’ai rencontré ma future femme et nous nous sommes mariés, avant que je sois envoyé à Tanna, à Isangel. Tanna, par rapport à Erromango, c’était vraiment vivant, il y avait tout ce qu’il fallait, c’était comme un bout de France dans le Pacifique. Il y avait des français dans tous les services de la province. Avec les collègues de l’école, on faisait des courses de voiture ou de chevaux sur la piste de l’aéroport, on buvait des coups avec les fonctionnaires de l’administration anglaise. Aujourd’hui, j’imagine que çà a changé. Avant il n’y avait pas une île, où il n’y avait pas un instit français.

Ensuite, on a passé 4 ans à Vila avec ma femme et mes deux enfants, puis voulant et souhaitant donner une éducation française à nos enfants, pour qu’ils aient des racines et se reconnaissent plus tard, on décide de rentrer en France, et on est arrivé dans une toute petite école où on est resté 6 ans.

Aujourd’hui encore c’est mon meilleur souvenir de la France. Puis, j’ai demandé à être muté et on est parti pendant 6 ans à Mexico, où j’étais directeur de l’école primaire avec 30 classes, dans lequel ma femme enseignait. Ensuite, on a encore passé 6 années à Londres, où j’étais encore directeur cette fois-ci dans un lycée de 49 classes avec 80 instits, pendant que ma femme travaillait à l’Ambassade de France. Enfin on est retourné en France à Biscarosse pour rester encore 6 ans.

Ces différents cycles de 6 ans passés, on est finalement retourné au Vanuatu en 1995, pour y passer notre retraite. Moi il me restait encore 6 ans à travailler, que j’ai effectué ici au Lycée Français, pendant que ma femme a récupéré la gérance du Tennis Club. En 2001, j’ai pris ma retraite et nous gérons depuis ensemble le tennis club.

Au final, j’ai fini ma carrière dans l’éducation là où je l’avais commencé, et j’ai calculé que j’ai surveillé 22 600 récréations, c’est dire le temps perdu à surveiller les gosses !

Vous pouvez nous parler un peu du Tennis Club ?

Le Tennis Club, qu’on gère depuis 1995, n’appartient à personne, c’est une association à but non-lucratif avec un président, un trésorier, un secrétaire…Mais les bâtiments n’appartiennent à personne, s’il n’y a plus de président, de trésorier, si on n’arrive plus à faire un bureau un jour, alors ce sera le gouvernement qui reprendra les murs.

En fait, c’était un don des planteurs français en 1930 pour créer un club un peu privé à destination des français et anglais des Nouvelles-Hébrides. C’était un club assez fermé jusqu’à l’indépendance, où il fallait s’habiller tout en blanc pour rentrer et qui était très peu ouvert aux Néo-Hébridais. Mais à partir de 1980, çà s’est évidemment ouvert à tout le monde.

Et aujourd’hui quels liens vous gardez avec la France et avec la communauté française du Vanuatu ?

Tous les ans je vais en France, en septembre, octobre et novembre, sinon je ne pourrais pas rester ici. J’adore le pays, mais j’ai vraiment besoin de rentrer en France pour voir mes amis, ma famille, ma ferme, ma région...Et l’automne est vraiment une saison que j’aime bien, il y fait un peu frais, les couleurs sont magnifiques, il y a les oiseaux migrateurs, la saison de la pêche etc... Contrairement à ma femme qui aime bien partir en été pour avoir la chaleur, moi je cherche la fraîcheur !

A Port-Vila, je suis un sympathisant de l’association des Anciens Combattants, où j’exerce les fonctions de secrétaire depuis l’an 2000. C’est d’ailleurs la maison du Combattant qui a été vendue à l’Alliance Française, où nous avons toujours une salle réservée pour y tenir nos réunions. Dans le futur, si jamais l’association venait à disparaître, nous ferons une donation du budget restant à l’Alliance.

Avec votre longue expérience du Vanuatu, pouvez-vous nous dire ce que vous aimez de ce pays et les côtés moins agréables ?

Moi j’aime tout, j’aime mes anciens élèves, je peux aller n’importe où je trouve toujours un ancien élève, et maintenant j’ai même les enfants des anciens élèves. J’aime bien le Vanuatu, sa mentalité, les villages. Le Vanuatu me manquerait si je devais le quitter, mais si demain je devais partir pour rentrer dans mes Landes, je serais content aussi, car j’irais à Biscarosse-plage, où j’aurais mon lac, mes amis, ma région…

Mon meilleur souvenir du Vanuatu c’était mon année à Erromango, il n’y avait vraiment rien à l’époque, les gens ne buvaient pas le kava, il n’y a qu’à Tanna où on pouvait voir mais c’était très encadré, on devait prévenir qu’on viendrait, éviter d’amener des femmes… En fait, on suivait le rythme du soleil. Le matin, je me douchais avec une petite pompe à main qui puisait l’eau de pluie récoltée dans un fût. On recevait les journaux que les trois mois. C’est vraiment de bons souvenirs.

Un grand merci à René Mara pour avoir partagé sa riche expérience du Vanuatu et ses croustillantes anecdotes !

Dernière modification : 24/04/2018

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